06-2017

L’affaire Pujol (II) : les enfants de l’ex-président et leur implication dans cette affaire familiale tortueuse


« L’affaire Pujol » porte sur des soupçons de fraude fiscale ayant entraîné une enquête judiciaire contre l’ancien président catalan Jordi Pujol, accusé d’avoir placé les fonds provenant de l’héritage que son père, Florenci Pujol, sur des comptes ouverts dans des paradis fiscaux. Initialement, le montant objet de la fraude était estimé entre cinq et huit millions d’euros. Toutefois, le dossier n’est pas clos et les autres membres de la famille sont désormais inculpés. Son épouse et ses sept enfants ont été accusés de corruption, de trafic d’influence, de fraude fiscale, de blanchiment d’argent, d’obstruction à la justice, de détournement de fonds et de parjure.Dans le précédent numéro d’Amigos, nous avons examiné le cas de Jordi Pujol et de son épouse Marta Ferrusola. Dans le présent numéro, nous analyserons l’implication de chacun des sept enfants (Jordi, Marta, Josep, Pere, Oriol, Mireia et Oleguer) dans cette affaire.



Jordi Pujol Ferrusola (Barcelone 1958)



C’est le fils aîné et trésorier de la famille. Depuis février 2014, il est accusé, avec son ex-épouse Mercè Gironès, de blanchiment d’argent et d’infractions au détriment des finances publiques. Entre 2004 et 2012, il aurait exécuté 118 transferts bancaires pour un montant total de 32.4 millions d’euros. Selon les allégations de son ex petite amie María Victoria Álvarez, il se serait rendu « à plusieurs reprises avec des sacs remplis d’argent » à Andorre. Le 28 avril dernier, le juge l’a placé en détention provisoire pour fuites illicites de capitaux.L’aîné du clan Pujol est dans le collimateur de la justice depuis un certain temps pour fraudes répétées. Par l’intermédiaire de plusieurs sociétés, il aurait facturé 11 millions d’euros à la Generalitat de Catalunya pour des soi-disant services de consultation dans le domaine de l’urbanisme et des travaux publics.Il a eu recours à diverses sociétés internationales pour blanchir des fonds hors d’Espagne avant de les rapatrier. Son nom de code pour les opérations était « Diplomàtic ».  Il est également accusé de fausses déclarations concernant des prêts et dons, de simulation de séparations de bien, de fausses reconnaissances de dettes et d’évasion fiscale par le biais de transactions financières, et de bien d’autres délits.



Marta Pujol Ferrusola (Barcelone 1959)



Elle est soupçonnée d'avoir été employée de façon irrégulière comme architecte dans la municipalité de Sant Vicenç de Montalt entre 1966 et 2012, durant seulement 9 heures de travail par semaine pour un salaire de  2.264,17 €. Quatre départements de la Generalitat de Catalunya lui ont versé des commissions pour une valeur totale de  120 millions d’euros. Elle a retiré 22.000 € en espèces avant le blocage des comptes en Andorre.



Josep Pujol Ferrusola (Barcelone 1963)



Il a confirmé détenir des fonds dans des paradis fiscaux et avoir régularisé 2 millions d’euros moyennant une amnistie fiscale. Il est le fondateur et consultant de EuroPraxis Consulting Holding, qui a exécuté des commandes pour compte de la Generalitat pour une valeur de 60 millions d’euros. Il est également accusé d'avoir blanchi 900.000 € par le biais d'un prêt frauduleux en Andorre via une société appelée Firma Cat Helicopters, qui a reçu diverses commandes de la Direction Catalane du Trafic (Servi Català de Trànsit).Son nom de code pour les opérations en Andorre et en Suisse était « Rocabily » ou « Rucabily ».



Pere Pujol Ferrusola (Barcelone 1965)



Il est ingénieur agronome et a travaillé pour Entorn, entreprise qui a bénéficié d'un certain nombre de commandes de la Generalitat de Catalunya. Il est également accusé de blanchiment d'argent en Andorre pour des opérations en euros, en dollars et en yens japonais, avec sa mère et ses sœurs Marta et Mireia, qui ont également utilisé des comptes ouverts auprès de la BPA (Banca Privada andorrane).



Oriol Pujol Ferrusola (Barcelone 1966)



Politicien catalan, il a occupé divers poste au sein du Département de la Présidence de la Generalitat de Catalunya, où il était chargé des relations entre la Generalitat et le Parlement. Il a été élu député de Barcelone aux termes des élections de 2003 et 2006 et porte-parole du CiU au Parlement. Il a également assumé le poste de Secrétaire Général de Convergència Democràtica de Catalunya.En juillet 2012, un rapport de l’administration fiscale, connu des médias, le désigne comme  « partie prenante » dans un complot d'entreprise visant à truquer l’octroi des concessions accordées aux agences de contrôle technique automobile - Inspección Técnica de Vehículos-(affaire ITV). La Generalitat avait falsifié des factures pour payer 72 000 euros à Josep Tous, numéro deux du Conseil provincial de Barcelone et homme de confiance choisi par Oriol Pujol pour annuler le dernier appel d’offres organisé, et concevoir un nouveau plan territorial pour augmenter le nombre d’agences.  En mars 2013, il comparait devant le Tribunal Supérieur de Justice de Catalogne,  accusé du délit de trafic d’influence. Selon le tribunal, « Pujol coordonnait, dirigeait et soutenait politiquement» les autres personnes impliquées dans l'affaire, dont certains étaient ses amis personnels. Le 14 juillet 2014, il annonçait renoncer à son siège au Parlement de Catalogne et quitter son poste de Secrétaire Général du parti. Lui et son épouse Ana Vidal restent accusés de transferts illicites de fonds de la famille Pujol à Andorre, de trafics d’influence et d’encaissement illégal de commissions.



Mireia Pujol Ferrusola (Barcelone 1971)



La plus jeune fille de la famille est la seule personne qui n'a pas tenu son frère Jordi responsable de la gestion des actifs en Andorre. Selon elle, la gestion de ses 62 millions de pesetas (332.000 €) était entre les mains d’Andbank et plus tard de la Banca Privada d'Andorra (BPA). Sur la somme de 1.4 million d’euros qu’elle détient grâce aux transferts de son frère, elle n’a retiré que 157.000 € pour payer une machine de physiothérapie pour sa clinique. Selon des sources légales, elle avait demandé à son frère, depuis l’année 2000, de ne plus effectuer de transferts. Ses avoirs correspondent à 1.7 millions d’euros, dont elle n’a régularisé que 1.1 million d’euros en 2014. La différence résulterait de l’achat de la machine en question et des frais de gestion de la BPA. Elle reconnaît toutefois avoir mis sur pied une fondation au Panama, avec sa sœur Marta, pour détourner les fonds placés en Andorre. Elle a également confirmé que les gestionnaires de la BPA lui avaient donné des conseils pour éviter de payer des impôts en Andorre.



Oleguer Pujol Ferrusola (Barcelone 1972)



Après avoir étudié à la Thunderbird School of Management (1994-1995) en Arizona (USA), il déménage à Londres, où il travaille au département des fusions et acquisitions de Morgan Stanley. Le journaliste Antonio Fernández a écrit ce qui suit dans son livre « Pujol i Puig » : « En réalité, il a toujours été le plus actif, mais il savait comment se déplacer dans le monde crépusculaire ». Ainsi, dans son cas, on trouve des sociétés cachées, des paradis fiscaux, des provisions, des dizaines de millions d'euros, l'amnistie fiscale ...En 2001, il fonde Drago Capital en collaboration avec un autre jeune entrepreneur, Luis Iglesias. C'est la source des capitaux pour toutes les entreprises d’Oleguer Pujol. Il est également propriétaire du bâtiment où siège le groupe espagnol de presse Prisa.Le plus jeune membre de la famille Pujol a investi une partie des avoirs familiaux cachés en Andorre dans divers projets immobiliers au Panama, qui sont contrôlés par des sociétés offshore basées aux Bahamas. Ces opérations ont été identifiées par la Audiencia Nacional (plus haute instance pénale espagnole).


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